Ils se présentent comme du miel, une pâte aux plantes ou un « fortifiant » traditionnel. En réalité, certains de ces produits contiennent le même principe actif qu’un médicament contre les troubles de l’érection, sans que l’étiquette le dise. Début octobre, les autorités sanitaires espagnoles ont ordonné le retrait de quatre d’entre eux. Ce n’est pas une affaire lointaine : ces produits circulent surtout en ligne et sur les réseaux sociaux, sans tenir compte des frontières.
Plan de l'article
Quatre produits retirés du marché espagnol #
Le 2 octobre 2026, l’Agence espagnole du médicament (AEMPS) a annoncé le retrait et l’arrêt de la commercialisation de quatre produits : Etumax Royal Honey, Miel Soudan VIP, Epimedyumlu Macum et Organic Honey. La note officielle de l’AEMPS précise que l’alerte est partie de la Guardia Civil de Tolède, qui avait repéré leur vente.
Le laboratoire officiel de contrôle de l’agence a ensuite analysé les produits. Résultat : tous contiennent du sildénafil, en quantité suffisante pour « restaurer, corriger ou modifier une fonction » physiologique. C’est précisément ce qui fait basculer un produit du statut d’aliment à celui de médicament. Or rien de tel n’apparaît sur l’emballage, qui présente ces produits comme naturels.
Deux d’entre eux cumulent les surprises. Etumax Royal Honey contient aussi du tadalafil, l’autre grande molécule de la famille. Organic Honey renferme, lui, du paracétamol.
Une alerte alimentaire dans la foulée
Une semaine plus tard, le 9 octobre, l’Agence espagnole de sécurité alimentaire (AESAN) a relayé l’information sous la forme d’une alerte sur des compléments alimentaires d’origine inconnue. Sa recommandation est sans ambiguïté : les personnes qui ont ces produits chez elles doivent s’abstenir de les consommer. Les autorités régionales ont été prévenues pour vérifier leur disparition des points de vente.
Pourquoi un sildénafil « caché » est dangereux #
Le sildénafil et le tadalafil sont des médicaments efficaces quand ils sont prescrits. Le médecin vérifie avant tout l’état du cœur et des vaisseaux, et passe en revue les traitements déjà pris. C’est ce filtre qui disparaît quand la molécule est dissimulée dans un pot de miel.
L’AEMPS rappelle que ces inhibiteurs de la PDE-5 sont contre-indiqués chez de nombreux patients, en particulier ceux qui souffrent de maladies cardiovasculaires. Elle cite notamment l’angor instable, l’insuffisance cardiaque, l’hypertension non contrôlée, l’insuffisance hépatique sévère et la rétinite pigmentaire. Ils interagissent aussi avec de nombreux médicaments.
L’agence mentionne des effets indésirables graves, surtout cardiovasculaires : infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral, mort subite d’origine cardiaque. Ces accidents sont plus fréquents chez les personnes déjà à risque. Or ce sont justement elles qui risquent le plus de se tourner vers un produit « naturel », parce qu’on leur a déconseillé le médicament.
Le piège de la dose inconnue
Un comprimé autorisé contient une dose précise, contrôlée lot par lot. Un sachet de miel frelaté, non. Celui qui le consomme ignore la quantité absorbée et ne peut pas savoir s’il cumule deux molécules, comme dans le cas d’Etumax Royal Honey. Il ne peut pas non plus prévenir son médecin d’une prise dont il n’a pas conscience.
La France a déjà connu le même scénario #
Ces produits ne sont pas une nouveauté. En juillet 2021, la DGCCRF, les douanes et l’ANSM avaient publié une mise en garde commune sur les denrées aphrodisiaques frauduleuses. Elle portait sur des miels, des confitures et des gelées vendus comme des préparations à base de plantes.
Les analyses françaises avaient trouvé exactement la même chose : du sildénafil ou du tadalafil non mentionné sur l’étiquette. Les centres antipoison avaient recensé des effets graves, dont certains ont nécessité une hospitalisation : convulsions à répétition, hémorragies pulmonaires, œdèmes cérébraux, insuffisances rénales aiguës.
Les autorités françaises appelaient alors les consommateurs « à ne surtout pas consommer ces produits et à les détruire ». Les références retirées sont listées sur RappelConso, le site public des rappels de produits.
Les bons réflexes #
Quelques signaux doivent alerter. Un produit « naturel » qui promet un effet rapide sur l’érection, vendu en sachets individuels sur un site étranger ou par un compte de réseau social, n’a aucune garantie de composition. Le mot « miel » ou « royal honey » sur l’emballage ne protège de rien.
Si vous avez consommé l’un de ces produits et que vous ressentez une douleur thoracique, des palpitations, des troubles de la vision ou un malaise, il faut appeler le 15 ou se rendre aux urgences, en apportant l’emballage si possible.
Et si la question de fond est un trouble de l’érection, la voie la plus sûre reste la consultation. Le médecin peut prescrire un traitement adapté, vérifier qu’il est compatible avec votre cœur et vos autres médicaments, et chercher une cause sous-jacente : diabète, tension, problème vasculaire. Un pot de miel ne fera jamais ce travail.
