Novembre est le mois de Movember, consacré aux cancers masculins. Le cancer de la prostate inquiète souvent les hommes pour une raison précise : la peur de perdre son érection après le traitement. Cette année, l’accent est mis sur une technique moins connue que la chirurgie ou la radiothérapie, les ultrasons focalisés de haute intensité, ou HIFU. Une grande étude française en a mesuré l’effet sur la fonction érectile, et l’Assurance maladie la rembourse désormais.
Plan de l'article
Ce que dit l’urologue nantais interrogé pour Movember #
Le 2 novembre, Hit West a interrogé le Dr Éric Potiron, chirurgien urologue à la clinique Nantes Atlantis. Il rappelle qu’au moment de choisir un traitement, le patient a le choix entre la chirurgie (l’ablation de la prostate, souvent avec un robot), la radiothérapie et les ultrasons. Selon la radio, sa clinique est le premier centre privé français pour ce traitement, avec plus de 300 interventions par an.
Le principe est simple à expliquer. Une sonde envoie une onde sonore qui se concentre sur un point précis de la prostate. Ce point chauffe et les cellules ciblées sont détruites par la chaleur. L’intervention se fait sous anesthésie générale ou locorégionale et dure environ une à deux heures.
Le médecin reste prudent : « Ce n’est pas un traitement miracle, c’est un traitement sécurisé. » Il insiste aussi sur ce qui se passe après le traitement, en particulier chez des patients de plus de 70 ans, parfois fragiles. Pour eux, l’objectif est d’avoir un traitement efficace sans subir les effets secondaires de la chirurgie ou de la radiothérapie.
Pourquoi l’érection est au cœur du choix du traitement #
Les troubles de l’érection sont l’un des effets secondaires les plus redoutés après un cancer de la prostate. Les nerfs qui commandent l’érection passent tout contre la glande. Une prostatectomie totale, même quand le chirurgien essaie de préserver ces nerfs, peut les abîmer. La récupération prend alors des mois, et elle n’est pas toujours complète.
Une technique qui ne détruit que la zone malade, ou qui ne traite pas la prostate entière, a donc un intérêt évident pour la vie sexuelle. Encore fallait-il le démontrer par des mesures, et pas seulement par des témoignages.
L’étude HIFI : la comparaison menée en France #
C’est l’objet de l’étude HIFI, pilotée par l’Association française d’urologie. Dans son communiqué d’avril 2025, le CHU de Nîmes, qui a géré l’étude et analysé ses données, précise qu’elle a mobilisé 80 urologues dans 46 centres, publics et privés. Les patients étaient atteints d’un cancer localisé de la prostate à risque faible ou intermédiaire.
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D’après le compte rendu de la publication dans la revue European Urology, l’analyse porte sur 3 328 patients : 1 967 traités par ultrasons et 1 361 opérés par prostatectomie totale.
Ce qui a été mesuré sur l’érection
La fonction érectile a été suivie avec le questionnaire IIEF-5, l’outil standard des urologues. Il s’agit de cinq questions sur la capacité à obtenir et à garder une érection, notées sur 25 points. Après le traitement, la baisse médiane du score a été de 9 points dans le groupe opéré, contre 3 points dans le groupe traité par ultrasons.
Concrètement, un homme qui avait une érection satisfaisante avant le traitement gardait en général une fonction bien plus proche de son état de départ après les ultrasons qu’après la chirurgie. La continence urinaire s’est aussi moins dégradée : elle a baissé chez 29 % des patients traités par ultrasons, contre 44 % des patients opérés.
Les limites à connaître
Ces résultats demandent un peu de recul. L’étude n’était pas randomisée : ce sont les médecins et les patients qui choisissaient le traitement. Les deux groupes ne se ressemblaient donc pas. Selon Urology Times, qui a couvert la présentation des résultats au congrès américain d’urologie, l’âge médian était de 74,7 ans dans le groupe ultrasons, contre 65,1 ans dans le groupe opéré.
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Un homme de 75 ans et un homme de 65 ans ne partent pas avec la même érection, et ne la récupèrent pas de la même façon. L’écart mesuré reste net, mais il ne vaut pas une comparaison tirée au sort. Les ultrasons ne conviennent pas non plus à tous les cancers : le traitement concerne les tumeurs localisées, et le choix dépend de leur agressivité.
Un traitement désormais remboursé #
L’étude HIFI a été menée dans le cadre du « forfait innovation ». Ce dispositif temporaire, évalué par la Haute Autorité de santé, finance une technologie nouvelle pendant que l’on vérifie son intérêt. Les résultats ont débouché sur une prise en charge pérenne. Le groupe hospitalier privé Elsan indique que le traitement est remboursé par l’Assurance maladie depuis le 1er janvier 2026, après une recommandation de la HAS, et que les critères d’éligibilité ont été élargis à la suite de l’étude.
Pour un patient, cela veut dire que l’option des ultrasons n’est plus réservée à quelques centres participant à un essai. Elle peut être discutée dès l’annonce du diagnostic, au même titre que la chirurgie et la radiothérapie.
Ce que cela change pour vous #
Si vous venez d’apprendre que vous avez un cancer localisé de la prostate, ou si un proche est dans ce cas, plusieurs questions méritent d’être posées à l’urologue :
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Quelles options sont possibles pour ma tumeur ? La réponse dépend du stade, de l’agressivité du cancer et de votre âge. Le dossier est examiné en réunion de concertation entre spécialistes.
Quel est mon score d’érection aujourd’hui ? Remplir le questionnaire IIEF-5 avant le traitement donne une base de comparaison. Sans elle, il est difficile de juger la récupération.
Que prévoit-on si l’érection baisse ? Quel que soit le traitement choisi, une rééducation de l’érection peut être proposée, avec des médicaments de la famille du tadalafil ou du sildénafil quand ils sont adaptés, ou avec d’autres solutions. En parler avant plutôt qu’après évite de rester seul avec le problème.
Movember a aussi ce rôle : faire en sorte que les hommes parlent de ces sujets à leur médecin. Le Dr Potiron le résume ainsi : « On peut rester un homme et aborder ces sujets sans aucune difficulté. » Pour l’érection après un cancer de la prostate, cette conversation compte autant que le choix de la technique.
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Cet article informe et ne remplace pas l’avis d’un urologue. Le choix d’un traitement contre le cancer de la prostate se fait avec l’équipe médicale qui connaît votre dossier.




